Le 15 juillet 2024, le Futuroscope inaugurait son extension la plus ambitieuse : l’Aquascope, un complexe aquatique porté par 57 millions d’euros d’investissement, implanté à quelques pas de l’entrée du parc de la Vienne. Ce projet phare s’inscrit dans le plan de 300 millions d’euros lancé en 2018, avec l’ambition de transformer la destination en lieu de court séjour sous la bannière Futuroscope Xperiences. Résultat : 150 000 visiteurs accueillis en seulement 47 jours. Mais au-delà des chiffres, ce parc aquatique mérite-t-il vraiment le voyage ?
Les Abysses de Lumière, la zone signature qui change tout
Une première mondiale dans un parc aquatique
Il y a quelque chose d’unique dans cette zone qui, dès les premières minutes, vous coupe le souffle. Les Abysses de Lumière constituent une révolution absolue dans l’univers des parcs aquatiques mondiaux, grâce à l’utilisation du projection mapping en contexte chloré — une première mondiale. Personne n’avait osé tenter l’expérience avant, et pour cause : le matériel de projection et l’atmosphère chlorée font rarement bon ménage.
La prouesse technique mérite qu’on s’y attarde. Les projecteurs 4K laser ont été installés dans des cabines hermétiques, équipées d’un système de ventilation acheminant de l’air depuis l’extérieur du bâtiment. Un dispositif de déchlorification protège en plus les équipements de la corrosion — sans cette protection, la durée de vie des projecteurs se limiterait à quelques mois. 300 m² de surface de projection vidéo, c’est le bilan de cette ingénierie hors norme.
Cette innovation a été reconnue le 9 octobre 2024 à Las Vegas, lorsque The World Waterpark Association a décerné à l’Aquascope son prix de l’innovation et de la créativité. Une première pour un parc aquatique français. Rodolphe Bouin, président du directoire du Futuroscope, peut légitimement se féliciter de cette distinction internationale.
Le Kiné’eau et les espaces interactifs au centre de l’expérience
Le Kiné’eau est le joyau de la zone. Ce bassin immersif propose un écran panoramique de 165 m² sur lequel est projeté un court film d’animation de 4 minutes mettant en scène Kraki, la pieuvre extraterrestre mascotte du parc. Ce contenu a été entièrement réalisé par le studio Moment Factory, à qui l’on doit l’univers graphique complet du personnage. Les effets 4D — explosions, bouillonnements synchronisés — plongent les visiteurs dans une expérience sensorielle totale. Entre chaque diffusion, des vidéos de transition montrent l’évolution d’un paysage marin en accéléré, du lever au coucher du soleil.
Les espaces interactifs poussent le concept encore plus loin. En marchant ou en nageant, chaque mouvement déclenche une réaction dans la vidéo projetée autour de vous. La synchronisation est parfaite. On retrouve aussi des bassins où des particules bioluminescentes réagissent aux mouvements des pieds — un effet aussi ludique qu’hypnotique. La Crique, espace détente habillé de rideaux d’eau animés de faune et de flore évolutives, offre une parenthèse sereine au milieu du spectacle.
L’Eauculus complète l’ensemble : une petite piscine au fond de laquelle un écran vidéo crée l’illusion vertigineuse de surplomber un gouffre sous-marin. Difficile de ne pas penser aux aquariums géants de nos souvenirs d’enfance, mais en version immersive et interactive. C’est depuis cette zone que prend sa source la rivière de 350 mètres qui traverse les trois espaces intérieurs du complexe.
Les Abysses de Lumière représentent aussi un retour aux sources pour le Futuroscope, qui avait bâti sa notoriété dans les années 1990 sur la puissance de l’image. Plus de 37 ans après son ouverture, le parc prouve qu’il sait encore surprendre. On peut même faire le parallèle avec d’autres destinations qui osent mêler culture et innovation — comme Bâle, véritable carrefour culturel entre trois pays, qui valide que l’audace créative n’est pas l’apanage des grandes métropoles.
- Le Kiné’eau avec son écran panoramique de 165 m² et ses effets 4D synchronisés
- Les espaces interactifs bioluminescents où chaque geste modifie la projection
- La Crique et ses rideaux d’eau animés, parfaite pour une pause détente
- L’Eauculus, la piscine au fond de laquelle s’ouvre un gouffre sous-marin virtuel
Toboggans, espace enfant et rivière : ce que propose concrètement l’Aquascope
Une offre de glisse variée dans le Rift
La zone du Rift rassemble huit toboggans dont toutes les entrées se trouvent sous une gigantesque tour centrale — une organisation qui fluidifie la circulation et renforce la cohérence visuelle du complexe. Au total, 1 kilomètre de glisse cumulé attend les amateurs de sensations fortes.
Le Rocket est sans doute le toboggan le plus impressionnant — départ sur une trappe qui s’ouvre sous vos pieds, 121 mètres de descente à 60 km/h en pointe. Le Quick, lui, débute par une chute abrupte depuis 11 mètres de hauteur, suivie d’une plongée dans l’obscurité sur 60 mètres — utile et efficacement angoissant. Le Matrix embarque quatre personnes sur une bouée de rafting dans un maelstrom géant, recréant l’atmosphère d’une tempête. Les adeptes de compétition se retrouveront sur Sprint, qui affiche les temps et vitesses de descente en temps réel, ou sur Alien, parcours en bouées dédoublé traversant une sphère.
Flash propose des effets lumineux dans un tube classique. Spiral descend en colimaçon autour duquel serpentent les escaliers d’accès. Quant à Reflex, il fonctionne actuellement en descente classique : le projet d’expérience interactive avec joystick, annoncé lors de la présentation du parc en 2023, est en cours de développement. Bémol à signaler : les jointures de certains toboggans se descendant à plat dos génèrent parfois des sensations douloureuses peu agréables. La piscine à vague, dotée d’un écran affichant le temps restant avant le prochain cycle, reste sympathique mais peu profonde et relativement petite.
La Faille de Kraki, un espace enfant particulièrement réussi
Voici un espace qui surpasse clairement la moyenne de ce qu’on observe dans la plupart des parcs aquatiques. La Faille de Kraki est richement décorée, avec les tentacules de la mascotte transformés en petits toboggans colorés. Le bassin pour les tout-petits atteint seulement 20 centimètres de profondeur, parfaitement adapté aux plus jeunes.
Le labyrinthe aquatique, les fontaines, la grotte musicale et la statue monumentale de Kraki offrent aux enfants un franc terrain de jeu thématisé, cohérent et généreux. Les parents apprécieront l’espace bien délimité et sécurisé. La qualité de la thématisation y est nettement supérieure à celle qu’on retrouve habituellement dans ce type de zone — et les enfants, eux, ne veulent tout simplement plus en partir.
La rivière, un parcours traversant tout le complexe
Assis sur une bouée, on se laisse porter par les 350 mètres de rivière qui relient les trois espaces intérieurs du complexe. Le courant alterne entre phases rapides — pour éviter les embouteillages — et moments plus calmes, propices à la contemplation du décor. Des ébullitions surgissent sans prévenir, des rideaux d’eau jalonnent le parcours. C’est amusant, reposant et parfaitement intégré à l’architecture globale du site.
Intégrer la rivière à l’intérieur du bâtiment était une décision sage, compte tenu de la météo poitevine, loin d’être aussi clémente qu’on pourrait l’espérer en été. Des éléments de thématisation supplémentaires pourraient enrichir cette attraction au fil des années — les concept art originels du projet laissaient entrevoir des décors bien plus élaborés, ce qui ouvre de belles perspectives.
Tarifs, infos pratiques et bilan : l’Aquascope vaut-il vraiment le détour ?
Ce qu’il faut savoir avant de visiter
Le ticket adulte est affiché à 39 euros, le ticket enfant (5-12 ans) à 32 euros, et l’entrée reste gratuite pour les moins de 5 ans. Les visiteurs séjournant une nuit au Futuroscope bénéficient d’une remise de 30 % — un argument solide pour envisager un court séjour combiné. Le parc accueille jusqu’à 1 700 personnes simultanément sur ses 9 500 m² d’activités aquatiques (6 000 m² en intérieur, 3 500 m² de plages extérieures ouvertes aux beaux jours). Comptez une demi-journée pour en profiter pleinement. Pensez à apporter votre serviette : le parc n’en propose pas à la location, seulement à la vente en boutique avant les portiques.
Sur le plan environnemental, l’engagement est réel. L’eau est filtrée à travers des couches de poudre de diatomée jusqu’à 1 micron, puis réutilisée dans des bassins naturels de filtration. Le Futuroscope a réduit de 80 % sa consommation d’eau pour l’arrosage, économisant ainsi 80 000 m³, grâce à des plantes ne nécessitant plus d’irrigation artificielle après trois ans. 100 % de l’énergie consommée provient de sources renouvelables comme la géothermie et la biomasse. L’ouverture de l’Aquascope a par ailleurs généré 100 emplois, avec 55 personnes formées au BNSSA et 15 au BPJEPS en collaboration avec le CREPS de Poitiers.
- Tarifs : 39 € adulte, 32 € enfant (5-12 ans), gratuit moins de 5 ans, remise de 30 % avec nuitée
- Ouverture : toute l’année sauf janvier, plages extérieures aux beaux jours uniquement
- Durée conseillée : une demi-journée pour parcourir l’ensemble des attractions
Notre verdict sur l’Aquascope
Les Abysses de Lumière constituent à elles seules une justification du déplacement. Aucun parc aquatique au monde ne propose une expérience comparable — et la récompense décernée par The World Waterpark Association à Las Vegas le confirme. La Faille de Kraki surclasse la concurrence pour les familles avec jeunes enfants. L’offre de toboggans couvre un large spectre de sensations, de l’amusement tranquille au frisson absolu. La rivière couverte est une vraie bonne idée.
Restent des axes d’amélioration identifiables. L’innovation technologique gagnerait à déborder des Abysses de Lumière vers le reste du complexe, notamment le Rift, qui manque de l’ADN même du Futuroscope. Le film du Kiné’eau, en seulement 4 minutes, incite peu à y revenir plusieurs fois lors d’une même visite — multiplier les aventures de Kraki renforcerait l’attrait de cette zone. Et le toboggan Reflex attend toujours son équipement interactif.
- Points forts : Les Abysses de Lumière uniques au monde, La Faille de Kraki excellente, toboggans variés, rivière couverte
- Points faibles : innovation limitée hors Abysses de Lumière, piscine à vague modeste, Reflex interactif encore absent
L’Aquascope remplit parfaitement son rôle de complément à une visite du Futuroscope. Il convient à tous les profils — familles, ados, adultes — et la zone des Abysses de Lumière justifie à elle seule le détour.
Séjourner sur place pour profiter au maximum de l’Aquascope
Pour rentabiliser pleinement votre visite et bénéficier de la remise de 30 % sur le ticket, une nuit sur site s’impose. Deux options se distinguent nettement. L’hôtel Station Cosmos plonge les visiteurs dans une ambiance spatiale dès le hall, avec des chambres propres et calmes, suffisamment spacieuses pour quatre personnes. Le restaurant Space Loop — inspiré du concept Foodloop d’Europa-Park — livre les plats immédiatement à table par un système de rails, avec une carte poisson, viande et salades très variée. Le Bar des Pilotes complète l’expérience avec des cocktails originaux et un personnel spécialement accueillant.
L’hôtel Écologee, le plus récent des établissements du Futuroscope, adopte une démarche résolument tournée vers la nature. Ses lodges en bois pour quatre à cinq personnes, disposés autour d’un cours d’eau et entourés de végétation, offrent un cadre d’une sérénité rare. Chaque matin, un panier petit déjeuner composé de viennoiseries, jus d’orange et chocolat chaud est déposé devant le lodge. Ce service discret et l’ambiance naturelle en font l’un des meilleurs hébergements qu’on puisse trouver dans l’univers des parcs d’attractions. Un buffet copieux et un cocktail bien mérité en soirée complètent agréablement le séjour. À noter que les eaux usées de l’Aquascope sont déchlorées avant d’alimenter les bassins naturels de filtration de l’Écologee — un lien concret entre les deux établissements qui illustre la cohérence environnementale de l’ensemble.




